L’époque des grandes sépultures (IIIe-VIe s.)

Les guerriers de l’âge de fer


Tumuli

C’est sur un riche fond agricole que s’affermirent ou se greffèrent, suivant les théories, les clans guerriers qui, à partir du IIIe siècle de notre ère, bâtirent les imposants tumuli de l’époque des grandes sépultures (kofun jidai ), dite aussi du Yamato (Yamato jidai ). Extrêmement divers dans leurs formes, leurs dimensions, leur orientation et leur groupement, ces tombeaux présentent tous la caractéristique d’être architecturés et d’être ou d’avoir été primitivement entourés d’un fossé. Les plus nombreux d’entre eux reproduisent extérieurement la forme caractéristique dite ' en trou de serrure ' (zempokoen , litt. ' avant carré, arrière circulaire '). Tels sont, par exemple, les kofun  des empereurs Ojin ou Nintoku, dont la régularité de plan et les larges proportions sont si frappantes quand on survole Osaka. Composées d’une chambre funéraire appareillée, voûtée ou non, précédée ou non d’un couloir d’accès, ces sépultures renferment – ou renfermaient, car la plupart ont été pillées –, cistes ou sarcophages en pierre contenant les dépouilles mortelles et les objets personnels des défunts. Si les grands kofun  impériaux n’ont encore jamais, par respect pour la personnalité du mort, donné lieu à des fouilles officielles, les tombes ordinaires font chaque année l’objet de fouilles et de travaux nombreux qui permettent d’établir des chronologies régionales et d’étudier, d’après la disposition des sépultures, l’organisation des groupes sociaux de cette époque et leur développement tant religieux que matériel. Une branche importante de cette étude est représentée par les recherches de plus en plus nombreuses sur la décoration intérieure des kofun  ; il faut citer à ce sujet le groupe particulier des sépultures du Nord-Kyushu et de la région de Kumamoto, dont l’ornementation peinte est une version japonaise des tombes à peintures chinoises et coréennes. Ces grandes tombes – qui, du sud jusqu’au nord (Miyagi-ken), couvrirent alors le Japon – ainsi que leur mobilier, en particulier des statuettes en terre (haniwa ) de taille parfois considérable et aux formes les plus diverses, livrent donc des indications de première importance sur la vie et les croyances de cette époque. On suppose qu’alors s’élabora le shintoïsme primitif, avec la conscience d’un panthéisme omniprésent, la nécessité d’une purification totale de tout ce qui était visible. À ces renseignements archéologiques s’ajoutent les récits des annalistes chinois qui, dès le IIIe siècle, mentionnent les premiers groupements de tribus (wa-jin  en japonais) auxquels succéda le royaume de Wa cité dans l’histoire des Song (420-479). Et, dès 478, le seigneur du Yamato (ou Grand Wa) se vantait, dans une lettre à la cour de Chine, de commander à tous les territoires situés à l’ouest de l’archipel. Avec l’époque des grandes sépultures, le Japon se trouve donc à l’aube de l’époque historique.

               
Haniwa

Le royaume de Yamato

Par quels chemins cette puissante cour de Yamato (Yamato chotei ) en était-elle arrivée à se constituer, il est difficile de le savoir. On relate dans les Annales  des Wei la formation au IIIe siècle d’un pays de Yamatai qui aurait regroupé plus de trente petits États entre les mains de la célèbre princesse Pimiko ; celle-ci aurait pris, dès 240, l’initiative de relations diplomatiques avec la Chine, poussée en cela peut-être par l’attitude belliqueuse des roitelets ses voisins. Pimiko était, dit-on, une prêtresse chamane et, après sa mort, le royaume de Yamatai fut dirigé par des hommes qui laissèrent se relâcher les liens avec la Chine. Est-ce là l’ancêtre de la puissante cour de Yamato qui apparaît toute constituée au Ve siècle ? Énigme insoluble pour le moment, d’autant plus que les thèses s’affrontent sur la situation même du royaume de la princesse Pimiko : les uns le placent au Kyushu et les autres dans l’actuelle plaine du Yamato.

 

Quoi qu’il en soit, le seigneur du Yamato devint une autorité centrale dont les représentants étaient les chefs régionaux. Le premier pas vers l’unité était accompli. Peut-être est-ce en Corée qu’il faut en chercher l’un des puissants facteurs. Dès la première moitié du IIIe siècle, le Japon accueillit en effet une émigration coréenne, fuyant la domination chinoise que les Wei tentèrent un temps de restaurer, après avoir affermi leurs positions sur deux des quatre anciennes préfectures chinoises établies en 108 avant notre ère. Ce courant coréen vers le Japon ne fit que s’amplifier quand, à partir du IVe siècle, l’anarchie régna dans la Chine ' des cinq barbares et des seize royaumes ' et quand la Corée elle-même connut des convulsions, chaque petit État coréen amorçant des mouvements à l’exemple des peuples de la steppe : ainsi émergèrent peu à peu les trois royaumes de Paektche à l’ouest, de Silla à l’est et de Kokuryö au nord, tandis que le Sud éclatait en une poussière de clans. Face à cette désintégration, le Japon se trouva placé dans une situation privilégiée pour intervenir en faveur du royaume qui solliciterait son aide. La crainte que l’unification totale de la Corée ne fût suivie de la conquête de l’archipel et, d’autre part, l’influence tant culturelle que politique des émigrés aboutissent en 369 au débarquement d’une armée japonaise venue secourir le Paektche, menacé par le Silla ; ainsi fut fondé le gouvernement japonais de Mimana, préfiguration du gouvernement général de la Corée au XXe siècle. L’apogée de ce système, de la fin du IVe siècle au milieu du Ve, permit au Japon de s’ouvrir largement à la culture continentale. Mais, dès le VIe siècle, le Silla avait acquis une force politique et militaire considérable ; le gouvernement de Yamato devait, en revanche, faire face à toutes sortes de difficultés créées par l’agitation nobiliaire, si bien que les contacts qu’il prit avec les Chinois en vue de soutenir sa position en Corée ne purent empêcher la destruction du Mimana par le Silla en 562. Ici se termine, selon la chronologie traditionnelle, l’époque des grandes sépultures. Plus tard, les empereurs de l’époque historique s’efforcèrent de rétablir l’implantation japonaise dans la péninsule, mais le Silla, soutenu par la Chine des Tang, leur infligea en 663 une défaite irréversible. Le Japon était écarté pour de longs siècles de la Corée, où dès lors se forgeait l’unité nationale.

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