La période Ashikaga (1333-1568)

Mal connue, parfois décriée, la période Ashikaga s’étend sur deux siècles de troubles : piraterie dans la mer du Japon, querelles dynastiques, guerre féodales pour finir. Les nouveaux shogun  installèrent à Kyoto une cour princière, où ils apprirent la douceur des mœurs nobles de la capitale impériale. Cependant, les shogun  Ashikaga, aux goûts fastueux, contribuèrent à la naissance d’une culture nouvelle. Ils ouvrirent le Japon à la Chine. S’ils perdirent eux-mêmes la rudesse des guerriers, ils permirent à leurs lieutenants de découvrir le monde extérieur. La petite pièce de billon importée de Chine ouvrit les marchés du Japon. Certes, des magnats locaux et régionaux s’emparèrent du commerce. De batailles en conquêtes, ils spolièrent les provinces, les divisèrent en fiefs. Ils oublièrent les honneurs des Ashikaga ; ambitieux, ils rêvaient de réunifier le Japon. Mais ils conservèrent l’enseignement des années de souffrance. S’éliminant les uns les autres, ils édifiaient au Japon un monde nouveau, rude mais ouvert.

 

Le schisme dynastique du Nord et du Sud (1336-1392)

L’empereur Go-Daigo (règne 1318-1339) participa à un premier complot contre le pouvoir de Kamakura, en 1331. La conspiration fut découverte, l’empereur exilé. Mais les partisans de celui-ci ne capitulaient pas. Afin de les réduire, Kamakura dépêcha vers Kyoto l’un des magnats du Kanto, Ashikaga Takauji (1305-1358), qui, faisant volte-face, occupa la capitale et y rétablit l’empereur (1333). La même année, un autre magnat du Kanto, Nitta Yoshisada (1301-1338), renversa le gouvernement shogunal de Kamakura. Go-Daigo entendait prendre le pouvoir. Takauji, mécontent, se révolta, dut fuir en Kyushu, revint en force à Kyoto et y fit introniser un second empereur. Go-Daigo se réfugia dans les montagnes au sud de Nara (1336). Jusqu’en 1392, il y eut deux lignées impériales, celle du Nord à Kyoto et celle du Sud. Takauji se débarrassa de ses rivaux, notamment de Yoshisada, et se fit nommer shogun  (1338).

Les guerres civiles ne cessèrent jamais tout à fait, pendant la durée du schisme dynastique. La désagrégation des shoen  s’achevait. Tandis que le titre de kokushi , gouverneur impérial de province, tombait en désuétude, le shogun  Ashikaga nommait un shugo  dans chacune des provinces. le shugo  à son tour nommait, parmi ses fidèles, des jito , intendants des shoen.  Les jito  touchaient la moitié des redevances dues par les habitants des shoen  aux titulaires de ceux-ci, qui avaient perdu tout pouvoir sur leurs terres. En revanche, les jito  devenaient capables d’entretenir une clientèle, et les shugo  s’attachaient les jito  comme des vassaux. Ainsi, une société féodale s’ébauchait lentement. Les shugo  qui acquéraient peu à peu un pouvoir effectif sur les terres de leur province, aux XIVe et XVe siècles, sont appelés shugo-daimyo .

 

Muromachi

Les shogun  Ashikaga eurent beaucoup de mal à juguler l’indiscipline des shugo-daimyo.  Ils attachèrent à leur administration les plus influents de ces derniers, dans la région de Kyoto. Il y eut le shitsuji , intendant du domaine shogunal, et le kanrei , responsable du gouvernement sur l’ensemble des shugo-daimyo . Un Kanto-kanrei  était spécialement chargé de la garde des régions de l’Est. Dans la majorité des cas, ces offices n’étaient pas transmis héréditairement dans une seule famille, mais étaient confiés tour à tour à des familles en nombre restreint, alliées aux Ashikaga par des liens particuliers. Ce système fut bientôt la cause de graves conflits.

De la fin du XIVe siècle au premier tiers du XVe, le Japon connut une période de stabilité relative. Le prestige des Ashikaga ne fut jamais plus grand que sous Yoshimitsu (1358-1408), petit-fils de Takauji. Il fit construire en 1378 le palais des Fleurs, résidence des shogun , à Muromachi, quartier de Kyoto qui laissa son nom (Muromachi jidai ) à la période historique pendant laquelle régnèrent les shogun  Ashikaga. Par ailleurs, Yoshimitsu réussit à réconcilier les deux dynasties impériales, en 1392, mettant ainsi fin au schisme qui avait duré plus d’un demi-siècle. Il noua des relations officielles avec la cour des Ming. Après sa retraite (1394), il fit bâtir dans un domaine de Kyoto le pavillon d’Or (Kinkaku), qui devint le centre d’une culture nouvelle, alliant à l’inspiration des guerriers le goût raffiné de la noblesse de la capitale impériale.

Par la suite, la situation se dégrada progressivement. Yoshinori (1394-1441), sixième shogun  Ashikaga, combattit avec succès une révolte qui avait éclaté à Kamakura, mais fut tué par trahison, en 1441. La paix revint, grâce à l’intervention des Hosokawa, l’une des familles parmi lesquelles pouvait être nommé le kanrei , et des Yamana, l’une des familles à qui pouvait être confiée la garde de Kyoto. A partir de cette époque, le pouvoir glissa insensiblement aux mains des grands shugo-daimyo , qui avaient accès aux plus hauts offices du gouvernement shogunal.

Pourtant, Yoshimasa (1436-1490), huitième shogun  Ashikaga, sut provoquer une renaissance culturelle. À l’instar de son aïeul Yoshimitsu, il fit édifier à Kyoto le pavillon d’Argent (Ginkaku) où il se retira, pour promouvoir les arts et les lettres qui devenaient plus populaires, et qui par ailleurs se trouvaient davantage influencés par le zen et par la civilisation des Ming. Mais son " règne " fut agité par les " troubles d’Onin " (1467-1477), opposant les Hosokawa, auxquels s’étaient alliés les shugo-daimyo  de l’Est, aux Yamana, derrière lequels s’étaient rangés ceux de l’Ouest. Kyoto fut dévasté, tandis que les guerres féodales proprement dites commençaient dans les provinces.

 

Les relations avec la Chine

Jusque dans les guerres féodales, la période Muromachi fut marquée par les relations avec la Chine. Après les tentatives d’invasion mongole, des pêcheurs des îles japonaises du Sud-Ouest s’étaient aventurés vers le continent. À la fin de la période Kamakura, ils allaient piller les côtes de la Corée et de la Chine. On les appelait wako , " pirates japonais ". L’épuisement provoqué par la défense contre les wako  fut à l’origine de la chute du Kaoli. Sous Muromachi, leurs raids s’étendirent sur la côte chinoise ; ils remontèrent parfois le Yangzi.

À mesure que le pouvoir politique s’affermissait au Japon, le shogun  fut naturellement amené à s’intéresser à ce mouvement de navigation entre l’archipel et le continent. Yoshimitsu fut le premier, en 1401, à solliciter des relations officielles avec la cour des Ming. Trois ans plus tard, celle-ci accorda à la délégation shogunale un kangofu  : celui-ci était un diplôme officiel accordé généralement aux peuples payant tribut à l’empereur de Chine ; il était déchiré en deux au milieu des inscriptions ; chacune des deux parties contractantes conservait une moitié, de telle façon qu’à la rencontre suivante, les partenaires pussent se reconnaître en accordant les deux moitiés. Yoshimitsu s’était fait au moins implicitement tributaire de la cour des Ming, en se disant " roi du Japon ". Son fils y trouva quelque irrévérence à l’égard de l’empereur du Japon et suspendit le commerce avec la Chine. Celui-ci reprit sous Yoshinori. Initialement, il était géré par les bonzes zen des Cinq Montagnes (Go-Zan). Plus tard, des shugo-daimyo  se disputèrent ce commerce en extension, l’affermèrent à des marchands, réservant au shogun  une part des redevances. Le Japon exportait surtout du soufre, du cuivre et des sabres, et importait des pièces de monnaie en cuivre, de la soie grège, des médicaments et des livres.

Lorsque le commerce officiel fut organisé, les wako  se débandèrent : les uns s’agglutinèrent aux groupes de pirates chinois, les autres se firent corsaires au service des shugo-daimyo . Ils provoquaient des rixes entre les flottes des différents shugo-daimyo , jusque dans les ports chinois. Les autorités Ming refusèrent alors de reconnaître le caractère officiel du commerce qui n’en continua pas moins officieusement.

 

L’économie intérieure du Japon

Le commerce avec la Chine fit prospérer les ports japonais de Kyushu, comme Hakata ou Hirado, plus tard ceux de la mer Intérieure, comme Hyogo ou Sakai. Les riverains participaient au négoce, une classe marchande naissait dans les agglomérations importantes : Sakai, Nara, Kyoto. L’importation de la monnaie chinoise activa la circulation des marchandises, provoqua l’ouverture de marchés régionaux.

Les guerres féodales, bien loin de retarder l’évolution économique, favorisèrent l’invention, l’initiative personnelles. Les guerriers qui avaient acquis un territoire important s’enorgueillissaient de fonder une ville autour de leur château, encourageaient les défrichements. Après le ravage des batailles, des provinces entières purent bénéficier d’une paix organisée.

 

Les guerres féodales

Après les troubles d’Onin, non seulement les shugo-daimyo  se disputèrent la prépondérance, mais encore des hobereaux obscurs partirent à la conquête des provinces. Ainsi commencèrent les guerres féodales, au cours desquelles " les petits évincèrent les grands ". Par exemple, les Hojo, d’origine mal connue (on les appelle Hojo postérieurs, afin de les distinguer des Hojo sous Kamakura), chassèrent le Kanto-kanrei  et s’installèrent d’Izu à la plaine actuelle de Tokyo. Les shugo  disparaissaient ; seuls demeuraient les daimyo , qui s’attachaient non plus des jito , mais de véritables vassaux liés par serment, à qui ils concédaient non plus une charge dans des shoen , mais des fiefs. La féodalité japonaise différait de celle d’Europe occidentale : d’une part, l’inégalité entre seigneur et vassal y était nettement marquée ; d’autre part, l’empereur, resté souverain, ne fut jamais lui-même un seigneur féodal proprement dit ; et enfin, l’État ne fut jamais complètement perdu de vue.

De la fin du XVe siècle au milieu du XVIe, l’anarchie fut pourtant presque totale. Les plus grands shugo-daimyo  guerroyaient entre eux. Ainsi, les Hosokawa et les Ouchi se disputèrent le privilège du commerce chinois. Les seconds l’emportèrent ; ils se taillèrent un fief de six provinces : Nagato, Suo et Iwami, à l’extrémité ouest de Honshu, Buzen, au nord-est de Kyushu, en face de Nagato, enfin Izumi et Kii, au sud d’Osaka. Mais les Ouchi furent évincés par l’un de leurs vassaux, les Sue, qui eux-mêmes furent éliminés, quelques années plus tard (1555), par les Mori, petits jito  de la province d’Aki.

Dans d’autres régions, des personnages plus importants s’apprêtaient à aller prendre le pouvoir à Kyoto. Il en était ainsi de Takeda Shingen (1521-1573), de la famille des shugo  de Kai, qui battit Tokugawa Ieyasu, résista à Oda Nobunaga, et qui disputait la suprématie à son voisin Uesugi Kenshin (1530-1578). Celui-ci tenait Echigo du dernier Kanto-kanrei  et, après la mort de son rival Shingen, progressa vers l’ouest, le long de la côte de la mer du Japon. Il s’apprêtait à marcher sur Kyoto pour livrer bataille à Oda Nobunaga, lorsqu’il mourut subitement.

La réunification du Japon allait être l’œuvre des nouveaux guerriers qui ne devaient rien au pouvoir de Muromachi.

Commentaires (1)

1. isabel marant / zora platform sandal (site web) 02/07/2012

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