La période préhistorique

Le problème du Paléolithique japonais


Jimmu Tennô arrive à Yamato

Les légendes rapportent que l’Empire du Japon naquit en 660 avant J.-C. et que sa fondation fut alors l’œuvre de l’empereur Jimmu, descendant de la déesse Amaterasu. De nos jours, les origines du Japon ont perdu leur caractère mythique. Les progrès réalisés dans l’étude chronologique de la formation des couches du sol ont permis de reconnaître, d’abord à Iwajuku (Gumma-ken), l’existence d’une culture sans poterie (mu doki bunka ), dite aussi d’avant la poterie (sen doki bunka ). Grâce aux matériaux découverts à Sozudai (Oita-ken), Dewa (Miyazaki-ken) et Hoshino (Tochigi-ken), il devient désormais possible de situer les premiers âges du Japon dans la préhistoire universelle, en reconnaissant l’existence d’un Paléolithique japonais dont l’ancienneté et la chronologie font encore l’objet de vigoureuses controverses.

Il est néanmoins permis d’esquisser une ligne générale d’évolution de la préhistoire et de la protohistoire japonaises en rappelant que, dès sa naissance, le Japon subit des influences multiples de la part de ses voisins. On peut distribuer ceux-ci en trois grands groupes, formant autant de zones d’échanges culturels. Une zone septentrionale servit de lien entre les cultures paléolithiques, de la Sibérie orientale à l’Amérique, et celle du Japon du Nord. Une zone centrale se présente comme une Méditerranée du Pacifique qui aurait englobé les rives du Japon et de la mer de Chine, mettant en contact les vieilles cultures chinoises et celles du Japon. Deux centres privilégiés semblent y avoir exercé un rôle particulier : d’une part la Corée, qui diffusait à la fois des traditions sibéromongoles, coréo-mandchoues, et des traditions de la Chine du Nord ; d’autre part, l’embouchure du Yangzijiang, siège des anciens royaumes de Yue et de Wu, qui était un agent de diffusion de la culture propre à la Chine du Sud. Une zone méridionale, enfin, servait de pont avec les civilisations du Sud-Est asiatique. Les discussions auxquelles donnent lieu les composantes des premières cultures japonaises portent sur la prééminence de telle ou telle de ces zones.

Si les sites relevés ont montré à la fois une stratigraphie et des objets – comme ceux de Sozudai, proches de l’industrie de Zhoukoudian en Chine – permettant d’établir avec une certaine autorité l’ancienneté d’un éventuel Paléolithique japonais, les sites manifestement postérieurs et témoins d’industries qui ont duré des siècles posent, eux, des problèmes de plus en plus complexes à mesure que l’on se rapproche des origines de la poterie. Il faut alors avoir recours aux échelles de comparaison données par le site de Fukui (Nagasaki-ken), où furent miraculeusement conservées dans leur succession les couches culturelles de transition.

 

Les chasseurs-pêcheurs du Jomon (IIIe-Ier millénaire av. J.-C.)

Jarre d'eau pour le Chanoyu ( 17eme Siécle )

Avec la poterie commence ce que les archéologues japonais appellent l’époque Jomon, époque du dessin cordé, ainsi nommée d’après le motif décoratif principal de ces premières poteries dans l’ensemble du Japon. L’apparition de la poterie ne représente pas l’unique innovation de cette période qui, par bien des points, semble amorcer un bouleversement complet et l’organisation relativement subite d’une société de chasseurs et de pêcheurs plus ou moins sédentarisés : groupements d’habitations, sépultures, représentations humaines, innovations techniques comme les pointes de flèches, tous faits qui, s’insérant normalement dans l’évolution du vieux fond d’avant la poterie, n’en impliquent pas moins la formation d’un nouveau mode de vie, sensible aussi dans l’expansion de la pierre polie. S’il est difficile d’avancer une date pour ces débuts de la civilisation de la poterie, rappelons que les études du professeur Sugihara Sosuke sur le kaizuka  (amas de coquillages, caractéristique de cette époque) de Natsushima dans la baie de Tokyo, ainsi que les découvertes de Fukui, parlent en faveur d’une chronologie relativement longue. On considère que, d’une façon générale, l’époque se termine aux environs de l’an 300 avant notre ère, mais le compartimentage régional est considérable, chaque unité économique ou géographique vivant son évolution propre et réagissant différemment aux apports du continent : le Jomon s’est par exemple terminé très tôt au Kyushu (IIIe s. avant notre ère), tandis que dans les régions du Nord-Est (Tohoku) il s’est perpétué pendant plusieurs siècles, interprétant et transposant en une céramique somptueuse les formes et les décors complexes des bronzes chinois (type de Kamegaoka, Aomori-ken). C’est à la fin de cette époque Jomon qu’ont dû apparaître les premiers éléments d’agriculture en terrain non inondé, venus de Corée du Sud. La preuve en est apportée par des grains de riz fossiles trouvés en même temps que des poteries du type jomon finissant (notamment à Yusu, Fukuoka-ken), dans lesquelles ils sont souvent incrustés.

Céramique Temmoku blanc ( Epoque Muromachi )

Les agriculteurs du Yayoi (IIIe s. av.-IIIe s. apr. J.-C.)

Bientôt de nouveaux éléments vinrent se greffer sur ce vieux fond jomon : la riziculture en terres irriguées se développa, tandis que l’importation désormais massive des bronzes chinois favorisait la création d’une nouvelle poterie aux lignes simples et pures, réalisée exclusivement à l’aide du tour. Ainsi naquit l’époque dite Yayoi, du nom du lieu où furent trouvés à Tokyo les premiers exemples connus de cette céramique. Bénéficiant largement de l’avance technique du continent auquel le Jomon s’était déjà ouvert, elle devint prospère grâce à l’acquisition de tout un outillage efficace et nouveau de pierre polie, de bronze et même de fer. Manquant de minerai, les agriculteurs yayoi reproduisirent en bois des jeux complets d’instruments aratoires, tels qu’en témoignent les sites de Karako (Nara-ken) et de Toro (Shizuoka-ken) qui révélèrent, remarquablement conservés, deux complexes villageois. Le plus étonnant dans ses structures est sans doute celui de Tateiwa (Fukuoka-ken), où des travaux de terrassement permirent de mettre fortuitement au jour l’établissement et son cimetière. L’époque Yayoi connut d’abord les sépultures sous dolmens, surtout dans le Kyushu qui subit l’influence de la Corée, puis les cistes de pierre, enfin les sépultures dans des jarres (kamekan ) simples ou doubles. Ces jarres, d’abord enfouies dans les décharges de coquillages pour mieux assurer la conservation du mort, furent bientôt groupées dans des cimetières qui peu à peu formèrent parfois d’imposantes nécropoles, comme celles de Doigahama (Yamaguchi-ken) ou d’Ukikunden (Saga-ken), totalisant plus de cent sépultures. Peu à peu, à la fin de la période, les cercueils en pierre tendirent à remplacer les jarres et, parfois surmontés d’un tumulus et entourés d’un fossé carré, constituèrent la préfiguration des grandes tombes de l’époque suivante. L’accroissement démographique qu’avait connu le Jomon permit l’organisation sociale nécessaire à la culture des terres basses inondées naturellement ou faciles à irriguer pour la riziculture. C’est à ce moment qu’apparut le bronze, sous la forme d’armes et de miroirs chinois, qui servirent bientôt de modèles et fournirent même la matière première à des productions japonaises semblables : ainsi le Kyushu est-il célèbre pour ses hallebardes spatulées, tandis que le Yamato (actuelle région de Kyoto-Nara) s’illustra par la réalisation de mystérieuses cloches sans battant (dotaku ). Tous ces objets retrouvés dans de riches sépultures semblent avoir conservé tout au long de la période un caractère plutôt sacramental et décoratif.

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